Réponse au mail de Hirsch d'une de nos sections CFTC

Rédigé le 20/06/2022


Suite au mail Vendredi 17 Juin 2022 annonçant son départ de l'aphp , un de nos collègues s'est permis de lui répondre .

Voici sa réponse ci-dessous .

Nous rappelons que la CFTC AP-HP travaille tous les jours pour défendre les intérêts des agents . Vous êtes convaincus par nos valeurs et idées et souhaitez militez à nos côtés ? Rejoignez-nous en adhèrent à la CFTC . Cliquez ICI -> pour adhérer en ligne en 5 min.

 

Cher Monsieur Hirsh,

 

Nous prenons connaissance de votre mail dans lequel vous annoncez votre départ et prenez le temps de nous expliquer votre analyse des difficultés rencontrées, de votre lien à l'APHP qui s'enracine à la fois personnellement et professionnellement. Nous partageons avec vous ce lien rempli de passion, et parfois de souffrance, à une institution qui nous a donné la chance de travailler dans un métier plein de sens et dans une "équipe" au sens large, pour ne pas dire une véritable famille professionnelle. Nous souhaitons également partager vous quelques éléments de réflexion - de notre point de vu syndical - avant votre départ.

 

Nous partageons avec vous ce constat  : "A l’AP-HP, on trouve toujours ce qui fait le plus vibrer : la solidarité, le soin, la transmission, l’innovation, l’assistance, le service public. On y trouve encore aussi ce qui fait le plus rager : les rigidités, les pesanteurs, les rivalités et les égoïsmes, les forces d’inertie, le dénigrement." ...Mais pour des raisons différentes.

 

La qualité du personnel existe toujours et nous vous rejoignons quand vous parlez des clivages inutiles ou de la définition en "négatif" des professionnels non-médicaux. Cependant, depuis des années déjà, bien avant vous, nous voyons que la logique gestionnaire fait des dégâts considérables, avec par exemple des suppressions de postes dans notre petit hôpital, en particulier sur les postes techniques et administratifs.  Il s'en est découlé un glissement de tâches insidieux qui a complexifié le travail de l'ensemble des professionnels. Ces difficultés n'ont pas été reconnues et il faut encore se battre pour préserver tous les services supports dont nous avons besoin pour continuer à remplir notre mission. Les postes "en soin" ont été globalement préservés chez nous, au prix parfois de négociations et d'efforts des uns et des autres sur place. Et il nous manque malgré tout aujourd'hui des moyens humains pour pouvoir fonctionner de manière sereine, comme dans beaucoup d'autres services de l'assistance publique. Enfin nous avons dû nous battre il y a quelques années, vous le savez bien, pour préserver notre activité sur site et non délocalisés dans un autre hôpital, avec les conséquences que cela aurait eu. Nous aurions préféré garder cette énergie précieuse pour nos patients et pour notre mission de service public.

 

L'APHP ce sont, comme vous le dites, des hommes et des femmes qui tous les jours travaillent avec passion, conviction et aussi disons-le, une certaine forme de joie, au service des patients et de leurs familles. 

 

Nous faisons notre métier avec passion, tous les jours, mais c'est difficile de voir que ce qui nous permet d'avancer tous les jours, à savoir les moyens humains, s'effritent petit à petit au fil des années, dans une relative forme d'indifférence générale.

 

Nous faisons notre métier avec conviction, nous sommes prêts à envisager des changements et à nous remettre en question, mais nous ne sommes pour rien dans la gestion des hôpitaux sur un format qui vise sans cesse à limiter les dépenses et le personnel, souvent au détriment des besoins. Au manque de moyens orchestrés au niveau national, Il a manqué un discours honnête reconnaissant cette carence et l'impact qu'il a eu sur les conditions de travail et in fine sur la prise en charge du patient. Pendant des années, parce que le travail a continué à être fait avec conviction, on s'est entendu dire que finalement nous nous en sortions très bien avec des moyens moindres et que donc ils n'étaient pas nécessaires. Un cercle vicieux s'est ainsi mis en place qui aboutit aujourd'hui à un manque marqué de nouvelles vocations, entre autres choses.

 

Nous faisons notre métier avec joie, mais n'acceptons pas que cela soit qualifié d'attitude "négative", que nous voyons toujours le verre à moitié vide. La pensée positive ne comblera pas ce qui a disparu ; par contre partir d'un constat réaliste des carences peut permettre d'aller de l'avant et peut-être de remplir le verre, pour reprendre cette image que nous avons souvent entendus. La "pensée positive" ne supprime pas une réalité difficile.

 

Vous nous dites : "L’AP-HP ira bien quand elle aura réconcilié ses aspirations avec la réalité."

 

Cette phrase illustre bien cela et nous positionne dans la réalité politique du soin dans notre pays. Le problème, c'est que notre gouvernance et nos décideurs politiques, depuis de nombreuses années, ne s'est réconciliée -elle-  ni avec la réalité de l'hôpital, ni avec la réalité tout court. Cette même réalité qui aujourd'hui ressurgit sous forme de démotivation, de pessimisme, de perte des vocations. Nos nombreuses manifestations au fil des années n'ont pas abouti et seule une épidémie mondiale a su créer un sursaut, bienvenu mais insuffisant, pour revitaliser l'hôpital.

 

Cédons-nous pour autant au négativisme ambiant? Non, car il y a encore des gens formidables dans nos hôpitaux. Nos patients sont toujours là et ont besoin de nous, pour la plus noble des missions que notre service public incarne : aider nos concitoyens malades, handicapés, brisés par la maladie et parfois plus largement par la vie. 

 

Il y a en effet pour nous encore des raisons de croire dans notre mission et dans l'APHP : il faut pour cela plus de dialogue et surtout plus d'écoute, et ce à toutes les strates. Il est plus que jamais nécessaire de changer de logiciel et revenir à une politique hospitalière centrée autour des besoins réels de la population et non pas sa rentabilité. Il n'est pas trop tard.

 

Enfin, pour terminer, nous vous souhaitons une bonne continuation pour la suite de votre parcours et même si nous ne partageons pas le même diagnostic (pour rester dans la métaphore médicale) de la situation et des moyens nécessaires pour y faire face, vous remercier de votre engagement dans l'APHP pendant ces huit années.

 

En espérant le meilleur pour la suite et en particulier pour l'APHP et notre hôpital.

 

Bien cordialement,